Forum social mondial : Plus que jamais, la technologie doit être au cœur des mouvements sociaux

D’ici quelques heures, je m’envolerai pour Cotonou afin de participer au 17e Forum social mondial (FSM). Ce sera, sauf erreur, mon huitième FSM, après avoir également participé à plusieurs forums sociaux régionaux et nationaux au Canada, au Québec et ailleurs.

Chaque Forum social mondial rappelle une évidence : face aux crises qui traversent nos sociétés, les mouvements sociaux ont plus que jamais besoin d’espaces de rencontre, de dialogue et de solidarité internationale. Dans un monde marqué par les conflits, les inégalités et les reculs démocratiques, le Forum demeure l’un des rares lieux où des milliers d’organisations peuvent construire des réponses communes.

J’y participerai avec un double objectif. Retrouver des militantes et militants engagés dans la défense de la justice sociale et des droits humains, mais également partager l’expérience de mon organisation, eQualitie, dans la compréhension des enjeux du numérique, le développement de technologies qui renforcent la liberté d’expression, la sécurité numérique et la résilience des organisations de la société civile.

La technologie est devenue un enjeu politique

Lorsque le Forum social mondial est né, Internet représentait surtout un formidable potentiel de communication entre les mouvements sociaux. Aujourd’hui, il est devenu impossible de parler de démocratie, de droits humains ou de justice sociale sans parler de technologie.

Les plateformes numériques sont devenues des infrastructures politiques. Elles influencent la circulation de l’information, les débats publics, les élections, les conflits internationaux et même les guerres. Les cyberattaques, la désinformation, la surveillance de masse et l’intelligence artificielle transforment profondément l’environnement dans lequel évoluent les organisations de la société civile.

Dans le même temps, d’autres technologies peuvent protéger les communications, documenter les violations des droits humains, contourner la censure et permettre aux mouvements sociaux de continuer à s’organiser malgré la répression.

La question n’est donc plus de savoir si les mouvements sociaux doivent s’intéresser à la technologie, mais comment ils peuvent se la réapproprier.

Faire de la résilience numérique une priorité

Les mouvements sociaux ont souvent adopté les outils numériques en fonction de leur facilité d’utilisation ou de leur coût, sans toujours mesurer les enjeux de dépendance, de sécurité ou de même de souveraineté qui les accompagnent.

Pourtant, la maîtrise des infrastructures numériques est désormais une condition essentielle de l’autonomie des organisations citoyennes. Les logiciels libres, les plateformes ouvertes et les infrastructures décentralisées ne sont pas seulement des choix techniques : ils sont aussi des choix démocratiques incontournable pour les mouvements sociaux.

Une occasion de renouveler le Forum

Le Forum social mondial a toujours su évoluer avec les grands enjeux de son époque. Les défis numériques doivent maintenant occuper une place centrale dans cette réflexion collective.

J’aurai l’occasion de porter cette vision au sein du FSM et plus particulièrement aussi au sein du Forum mondial des médias libres, où les questions de liberté d’expression, de résilience numérique et de souveraineté technologique occupent une place grandissante.

Le Forum social mondial demeure un espace unique où les mouvements sociaux peuvent imaginer des alternatives. Plus que jamais, ces alternatives passent aussi par la réappropriation des technologies ouvertes, libres et décentralisées. Défendre les droits humains, aujourd’hui, c’est aussi défendre les espaces numériques qui permettent aux sociétés civiles de communiquer, de s’organiser et de résister.